Être barré de TVA, c'est vrai!

Normalement, la poutine interne de journalistes reste, avec raison, à l'interne. Nos petites chicanes, tant qu'elles ne vous affectent pas, chers lecteurs, n'ont pas à bouffer de l'espace dans votre tablette.

Mais hier, la situation avec TVA a escaladé un sommet ridicule. Il ne m'est dorénavant plus possible de parler à des comédiens, animateurs ou auteurs liés à TVA sans qu'ils obtiennent une autorisation officielle du réseau. Autorisation qui, vous l'aurez deviné, ne leur est plus accordée.

Oui, on est rendus là. Visiblement, TVA utilise les artistes à son antenne pour mener sa guerre commerciale et ces artistes, qui ont peur de déplaire à leur employeur, se soumettent docilement à ces restrictions qui datent d'une autre époque.

Je me demande ce que les actionnaires de la chaîne de Québecor pensent de cette stratégie de repli, qui n'aide pas à embellir l'image de marque du réseau et qui le prive d'une visibilité médiatique importante.

Voici un exemple récent du contrôle serré exercé par TVA, qui se traduit en boycottage de La Presse, au final. Tôt hier matin, TVA a publié un communiqué de presse annonçant l'arrivée d'une ribambelle de nouveaux personnages dans L'échappée joués, entre autres, par Rémy Girard, Anne Casabonne et Alexandre Goyette.

Bien sûr, cette « nouvelle exclusive » a d'abord été coulée dans Le Journal de Montréal. Cette stratégie convergente ne date pas d'hier et ça ne sert plus à rien de s'en offusquer.

J'ai tout de même sollicité une entrevue officielle avec l'auteure du téléroman, Michelle Allen. Parce que je regarde sa série et parce que je sais que vous la suivez aussi. 

N'oubliez pas ceci : une partie de vos taxes et impôts sert à financer les budgets de séries de fiction comme L'échappée et des centaines de milliers de lecteurs La Presse se branchent régulièrement sur les émissions de TVA.

Malgré plusieurs tentatives, personne chez TVA n'a répondu à mes courriels. J'ai donc appelé directement la scénariste de L'échappée, Michelle Allen, pour l'interviewer. Au diable les intermédiaires.

Un malaise était palpable au bout de la ligne. L'auteure n'avait pas obtenu la permission de TVA de m'accorder une interview. « Je ne veux pas me mettre en porte-à-faux avec personne », a-t-elle plaidé.

Plus tard dans la matinée, Michelle Allen m'a envoyé un courriel précisant qu'elle attendait le « feu vert de TVA » avant de me rappeler. Le feu est évidemment resté au rouge toute la journée.

Voyez-vous à quel point tout ça est absurde et infantile ? Comme un enfant de 4 ans dans un carré de sable, TVA refuse de partager ses jouets : mes artistes, mes émissions, mes affaires. Comme si tous les gens à l'antenne de TVA lui appartenaient et lui devaient fidélité et obéissance.

J'espère que les artisans n'accepteront pas d'être pris en otage de la sorte très longtemps. La semaine dernière, TVA a refusé, sans aucune raison valable, que je m'entretienne avec Guy Jodoin en prévision du gala Artis. Mardi, TVA n'a pas voulu me fournir de photos et d'informations de base concernant Refuge animal, une docusérie que j'ai encensée l'an dernier.

C'est désolant et c'est de l'abus de pouvoir de la part d'une chaîne qui manipule beaucoup, beaucoup d'argent public.

J'ai souvent écrit sur la qualité de plusieurs productions du Groupe TVA, dont Au secours de BéatriceLes beaux malaisesBoomerangBlue Moon et Victor Lessard. J'ai aussi écorché les émissions moins réussies. Ça fait partie du travail de critique télé.

Je vous raconte tout ça parce qu'avec des accès bloqués, forcément, ma couverture de TVA risque de changer à la lumière de cette nouvelle directive.